Thématiques de recherche

Art & Paysage 

De nombreux artistes et théoriciens inscrivent leurs recherches et leurs productions dans un autre rapport à l’environnement urbain et naturel, explorant par de nouvelles pratiques le moyen d’en rendre compte, la possibilité de le réfléchir ou de l’infléchir. Quelles que soient les formes d’expression choisies (images photographiques et filmiques, installations sonores, pièces de musiques, textes), l’expérience artistique tend à déborder les cadres disciplinaires et les frontières de genre ; elle montre que malgré ses atteintes ou par le fait même de ses profondes métamorphoses, le paysage demeure un espace privilégié de création et de réflexion sur l’évolution de notre société.

L’Institut de recherche en art de l’ECAV se propose d’aborder ce thème dans la perspective singulière du paysage alpin. Celui-ci a été dans l’histoire une source d’inspiration pour de nombreux artistes plasticiens : l’émergence d’une nouvelle sensibilité écologique associée au besoin d’espace et d’altitude que ressentent  des citadins souvent encagés ont en quelque manière rénové ses antiques vertus. Nous souhaitons étudier et explorer ce nouveau rapport à la haute montagne, étendre le champ de perception et d’expérience de cet espace naturel qui résiste encore au processus dominant d’urbanisation. Notre attention porte plus spécifiquement sur l’éclairage que peuvent apporter à cette problématique les site-specific arts, ces pratiques qui se développent en étroite corrélation avec les caractéristiques et les potentialités du lieu : les installations visuelles et sonores, le land art et les actions performatives.

 

Art & Culture 

Une approche renouvelée du paysage comme élément central d’un patrimoine régional demande de prendre en compte, en plus des composantes naturelles, les transformations opérées par l’activité humaine,  les traces qu’elle y a laissées.  La dynamique qui caractérise le rapport nature-culture prend dans le contexte des Alpes (région périurbaine) une forme particulière par le fait que le premier terme conserve plus qu’ailleurs une part de sa précellence. La présence des œuvres de culture y est moins dense, moins imposante que dans le milieu urbain. Est-ce cette présence intermittente et fragile des œuvres qui explique cette double tendance à préserver et à créer ?  La culture alpine, singulièrement la culture valaisanne, nous semble en effet portée par deux préoccupations dont le contraste mérite l’étude et ouvre un champ de réflexion et de production original : d’une côté, elle engendre une multitude de structures régionales et de microstructures locales dont le dessein est de collecter et conserver la mémoire collective et le souvenir des traditions ; de l’autre, elle exprime une appétit insatiable pour les nouvelles techniques et les technologies de pointe, éprouvant sans doute, plus encore qu’une culture citadine, le désir ou le devoir d’innover. Sous la dénomination « patrimoine du future », nous entendons rapprocher et confronter ces deux ressorts, en évitant le replis stérile qui consiste à figer les œuvres dans le rôle de témoins d’un passé classé ou à l’inverse de les diluer dans le flux continu d’une quête inlassable de nouveauté. Il s’agit en l’occurrence de conjuguer sans les confondre le travail de la mémoire avec celui de l’imagination ; de resituer les enjeux de la conservation dans une perspective ouverte sur le temps avenir et, conjointement, d’en occuper le champ par des productions et des réflexions qui la rénovent.

 

Art & Société 

Si l’art résiste à une instrumentalisation par l’économie, son insertion dans des champs sociaux différenciés représente pour nombre d’artistes contemporains une priorité. Ce déplacement volontaire à l’extérieur ou en marge des espaces traditionnels de promotion et de diffusion de l’art a des causes multiples ; les plus prégnantes nous semblent être le désir de rompre avec l’isolement de l’art pour l’art, la volonté d’être un acteur à part entière du débat social, la décision en quelque manière citoyenne de répondre aux mutations rapides et profondes qu’engendre l’édification d’une société ouverte, marchande, multiculturelle, réticulaire, mondialisée.

Soucieux de relier et d’articuler préoccupations artistiques et préoccupations sociales, l’Institut de recherche en art de l’ECAV situe cette problématique dans le contexte particulier d’une région périurbaine marquée historiquement par le passage, le croisement, le métissage. Il se propose en particulier d’explorer la notion de vie sociale dans le contexte des significations traditionnelles et actuelles qui s’y sont cristallisées; de reconnaître et développer les connexions reliant les artistes à cet environnement particulier, l'une et l'autre impliquant la notion de responsabilité ; d’engager le dialogue entre l’artiste travaillant dans la sphère publique et les individus ou les groupes sociaux qui occupent cet espace. Pour ce faire, l’Institut entend créer des échanges réguliers et durables entre d’un côté des artistes et des théoriciens de l’art, de l’autre des praticiens et des chercheurs actifs dans les domaines du travail social, de l’éducation ou encore du tourisme culturel, échanges que devrait prolonger le développement concerté de projets interdisciplinaires. L’Institut entend de surcroît porter une attention particulière aux questions liées à la réception et à la compréhension de l’art, en particulier par la conception et la mise à l’épreuve de formes originales de médiation susceptibles de faciliter aussi bien la transmission que l’inscription de la démarche artistique dans l’espace social.